Les Tisseurs d'Ombre

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Écrire, écrire le temps qui passe

Le temps que l'on s'accroche

Celui que l'on ressasse

Les heures délavées

Que l'on a expiré

 

Écrire, les amours consommées

Écrire les fleurs fanées

Qui sont déjà les fruits

Et qui portent alléchants

La salive des printemps

 

Et la nuit, écrire la mort dans l'âme

Les cris bercés des jours

Les lunes que l'on retourne

Que l'on compte chaque fois

Comme un nouvel amour

 

Écrire, à demain, l'adieu d'un ciel trop bleu

L'au-revoir figuré d'une parfaite figure

Que l'on trace d'une main

Tandis qu'un geste en vain

Insiste sur le futur

 

Écrire sur la tourmente

Et la paix retrouvée

Comme écrire l'absence

D'un instant dépassé

D'une minute de silence

 

Écrire, que faut-il donc écrire

Puisque chaque mot déteint

Sitôt qu'il peint l'avant

Sitôt qu'il se dépeint

D'abstraites sinécures

 

Écrire la perfection d'un rayon sur les murs

Sur les murs colorés écrire la seconde

Le voile qui passe enfin, et le nouveau rayon

Le soleil qui se pâme et qui meurt au présent

Et qui renait enfin sur les murs d'une prison

 

Écrire sans un seul mot l'amplitude de l'instant

C'est mourir à chaque fois de ne joindre les temps

C'est aimer l'ignorance, c'est aimer le silence

Comme prendre à chaque amant sa plus belle consistance

Pour oublier déjà qu'aimer est un mensonge

 

Écrire que la seconde est trop longue sur ma vie

Pour mériter les heures que je passe à écrire

Écrire le jour tombé, et celui qui se lève

J'en oublie qu'à l'instant les hirondelles naissent

Et que sur d'autres terres elles volent mes soupirs

 

Écrire la vanité d'une biographie

Du mythe orthographié de toutes les vérités

Qui se crèvent à savoir qu'elles ne sont pas les seules

Qui se crèvent même avant que l'encre ne soit séchée

Qui s'écrivent à crever comme des bulles de savon

 

Écrire l'enfin d'un temps qui ne fait pas de mots

Qui joue sur les présents comme des larmes d'enfants

C'est offrir en pâture l'histoire à tous les temps

Et mentir chaque songe d'une gorgée de poison

Ou d'une goutte de mer dans tous les océans

 

Écrire alors splendide le meurtre de son être

Tandis que l'on s'oublie en dégueulant le verbe

Que l'on s'enterre au mieux sous des tonnes de lettres

Qui figurent parfaites des chaines aux temps violés

Écrire enfin l'adieu d'un soi que l'on succombe

 

Sentir en l'écrivant la mort d'un autre que soi

Et de milliards d'autres à chaque mot volé

Il fût un temps peut-être, qu'en sais-je maintenant

Que j'écris au passé d'un autre que j'oublie

Que j'écris par-dessus le passé des passés

 

Qu'irai-je écrire alors, si ce n'est la seconde

Qui passe colorée sur le rayon acerbe

Qui passe sur le mur, posant toutes les couleurs

Et qui m'en dépossède aussitôt envolée

Elles est toutes hirondelles et prisons de ce monde

 

Lola 15.02.11

 

Par Lola - Publié dans : Jets Improbables
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Commentaires

Ecrire... ça me manque un peu ces jours-ci. "Ecrire la mort dans l'âme (...) les lunes que l'on retourne", personnellement, ce sont tes vers qui me retournent... bizzz

PS: petite remarque orthographique: je ne crois pas qu'il y ait de "e" à "soupirs".

Autre chose, n'arrête jamais d'écrire, j'adore ça! ;)

Commentaire n°1 posté par Oli le 03/03/2011 à 09h57

laisse tomber l'orthographe, je suis une calamité en ce moment ;) je fais au mieux, merci à toi de ta présence continue en ce lieu, sincérement :)

Réponse de Lola le 03/03/2011 à 12h03

Tout a été écrit, sauf l'avenir. Nous écrivons notre vie, notre mort et notre passé, nous narrons impersonnellement des choses qui ne nous sont plus propres depuis belle lurette. Désormais, il nous reste à écrire l'avenir, il en reste quoi au fait, de l'avenir?


Ça m'a insufflé des trucs, des souvenirs, des sentiments, des appréciations, mais je te sauve de la critique ou des éloges pour te laisser sur les questions rhétoriques.

Commentaire n°2 posté par Vicenzo Di Brazzo le 16/02/2011 à 02h19

 "La métaphore n'est pas pour le vrai poète une figure de réthorique, mais une image substituée qu'il place réellement devant ses yeux à la place d'une idée." F.Nietzsche
 

Reste l'avenir... paradoxe que je ne saurais soutenir ici...


Enchantée de ton passage, de tes interrogations, du souffle qu'ont provoquées ces lettres. Merci pour tes questions, pour le temps que tu as passé à répondre à ces mots...

Cela fait de toi le 100ème commentateur du blog !

Toutes mes chaudes et nocturnes amitiés ;)

 

 


 

Réponse de Lola le 16/02/2011 à 16h52
Ecrire un commentaire - Communauté : essais en poésie
Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 16:18
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