Les Tisseurs d'Ombre

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L'homme est un lys ouvert dans un bouton clos.

 

 

Ce matin, le ciel a tenté de s'allumer. La brume, soudain, s'est mise à roussir, quelques belles flammes bronze se sont épandues fugacement sur les murs des villas, et puis le tout a disparu en quelques secondes.

Mes yeux, à présent glissés sur la chape grise et moelleuse, renvoient les lumières chaudes de cet instant mémoire par dessus le paysage morne. Pris dans une boucle, ils -mes yeux- ont aperçu le mouvement, l'intensité de la vie, il ont capté le bref flamboiement, et se sont attardés à le rejouer sans fin par-dessus la rue d'où monte, si doucement que le mouvement est quasi imperceptible, la vapeur froide; le rejouer encore sur le mur blanc de la cuisine, surface à présent éteinte; le rejouer dans l'eau du bac ou s'ébattent, poncifs, une poignée de poissons rouges.

Le regard s'est gorgé de soleil. Il s'y prélasse par procuration, abusant de la faible valeur émotionnelle d'un ciel fade, pour suspendre la mémoire au présent.

Sur les troncs nus, l'ombre et la mousse se mêlent, boueux. J'y discerne toujours l'éclat tendre du vert humide bigarrant l'écorce brillante de pluie sous les feux passés.

Alors que le paysage s'inquiète de teintes grises, que chaque son qu'il émet se noie sitôt poussé, je me fractionne en décharges sur les temps. Ici, en lieu et place de cette flaque opaque, un rayon est venu ricocher avant de s'écraser dans les branchages scintillants du cyprès, à l'instant que choisissait un merle pour triller à l'arrachée.

Au loin, la vue, bornée à un mur terne et opaque, porte encore les traces d'un éclat leste venu rompre la surface en y accommodant couleurs et profondeurs. Ici, à la buttée de mon regard, se noient toutes prétentions dimensionnelles, et, seul pour me permettre d'en rendre compte, le passé se fourvoie sans fin en rupture sensitive. Une tension maladive s'empare alors de moi.

 

Je ne pensais rien de plus que transcrire avec dévotion le passage d'une langue de feu vive sur un paysage éteint, couvrir peut-être en quelques mots le spectacle éphémère, la danse des brumes couchées par la lumière.

Et me voici, prise dans le spectacle, figurine compromise en d'invraisemblables tentatives de restructuration. Le décor tombé, je danse toujours en cherchant à l'accoucher -le décor- de mon imagination. Ma mémoire est seule à valider la justesse de mes pas. Pour le reste du monde, qui ne s'est pas pris dans ma boucle, je dois avoir l'apparence folle d'une valseuse dans un champ de boue.

Combien de temps ? Un mouvement s'est lié à mon âme, et mon âme, sensible, n'a pas su s'en détacher une fois l'instant dépassé. Combien de mouvements derrière, auxquels je me suis attachée? Combien d'êtres pris en de semblables boucles ?

Je contemple, extasiée, la pluie arriver. Le mouvement ample de la brume décrochant du ciel pour venir mourir sur le sol me rend au présent, insidieusement, et la tension qui m'avait prise s'efface dans le vague d'une sensation impénétrable.

 

Entre deux mouvements, j'ai touché à ce lys que renferme le bouton clos. L'image s'est étalée en moi, picturale, accompagnée des quelques lettres du titre, et qui restent, impénétrables, suspendues à cette sensation impénétrable. Il n'y a rien eu. Est-il possible de résider entre les mouvements ?

 

La pluie tombe toujours, et je repasse en boucle le décrochement sublime de la brume...

 

La tension d'un bouton renfermant un lys ouvert.

Par Lola - Publié dans : Coup de sac
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Commentaires

La femme est une narcisse en pleine éclosion.  ^^

Commentaire n°1 posté par SWIRA le 07/04/2011 à 11h11

... ou un nepenthes goulu... c'est selon :)

Réponse de Les Tisseurs d'Ombre le 07/04/2011 à 12h38

Yo Tivroche ! T'as un sacré regard sur le monde, là en entre autre c'est ton quartier.

Mais tu le fais vivre, dans sa mort imminente ! :) C'est ça qui est Beau !

"Au loin, la vue, bornée à un mur terne et opaque, porte encore les traces d'un éclat leste venu rompre la surface en y accommodant couleurs et profondeurs.Ici, à la buttée de mon regard, se noient toutes prétentions dimensionnelles, et, seul pour me permettre d'en rendre compte..."

 

Les murs ont la parole !!!! ROCK THE CITY !!!! :D

Les graffeurs sont là pour donner de la dimension aux murs !! Merci, Tiv'' ;)

Commentaire n°2 posté par SWIRA le 29/03/2011 à 02h50

Merci copain :)

 

Réponse de Lola le 29/03/2011 à 18h04
Ecrire un commentaire - Communauté : mémoire et écritures
Jeudi 17 mars 2011 4 17 /03 /Mars /2011 14:59
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